L'histoire de FreeWillWave
J’ai échoué à 98 %
Le récit de Serge, qui a lancé FreeWillWave.
12 423 humains ont déjà pris leur place.
Écouter l'histoire
Le texte
Et pourtant, FreeWillWave a rassemblé environ 12 000 personnes.
Le site existe. Il fonctionne en quinze langues. Des humains l’ont rejoint dans le monde entier.
Vu de l’extérieur, ça peut ressembler à une réussite.
Pour moi, pas encore.
Parce que mon objectif n’était pas de créer un site avec quelques milliers d’inscrits. Mon objectif était de rassembler suffisamment d’humains pour rendre possible autre chose.
Et pour comprendre pourquoi, il faut revenir un peu en arrière.
Je suis né à Rocourt, près de Liège, en Belgique.
En primaire, tout allait très bien. J’étais même un très bon élève.
Puis, vers douze ans, j’ai commencé à détester l’école.
Pas tellement parce que je n’aimais pas apprendre. Mais parce que je supportais mal d’être enfermé, de devoir demander l’autorisation pour bouger, parler ou simplement aller aux toilettes. Je supportais mal l’idée que quelqu’un puisse décider à ma place simplement parce qu’il avait un titre ou une fonction.
Je ne savais pas encore quoi faire de ce sentiment.
Alors j’ai grandi, j’ai travaillé, et j’ai eu une vie assez normale.
Après plusieurs métiers, je suis devenu informaticien, puis analyste-programmeur. Je gagnais très bien ma vie. J’ai vécu à Ibiza. Je me suis marié. Puis, sept ans plus tard, j’ai divorcé.
Et là, quelque chose a changé.
Il y a environ quinze ans, j’ai senti que je devais complètement changer ma vie.
Je ne savais pas encore pourquoi. Je savais seulement que je devais le faire.
J’ai quitté énormément de choses. J’ai donné ce que j’avais. J’ai vécu en colocation.
Et je me souviens d’une scène très précise.
À la sortie de ma première colocation, tout ce que je possédais tenait dans ma vieille Toyota Corolla de 1997.
J’étais sur la route.
Plus de loyer. Plus de contrat d’électricité. Presque plus rien qui me liait.
Et j’ai ressenti une liberté incroyable.
Pendant les années qui ont suivi, j’ai essayé de comprendre ce que je ressentais depuis longtemps.
J’ai étudié les groupes, leur influence, ce que j’appelle leur énergie ou leur égrégore.
Une entreprise, un pays, un club de football : ce sont des groupes qui existent parce que des humains leur donnent du temps, de l’attention, du travail, de l’argent.
Et j’ai fini par comprendre quelque chose d’essentiel :
le problème n’est pas le groupe.
Le problème commence quand un groupe créé par des humains finit par demander aux humains de le servir.
Pendant quinze ans, j’ai cherché une autre manière de faire.
J’ai créé beaucoup de projets. J’ai écrit plusieurs livres. Et à chaque fois que je pensais avoir trouvé une solution, je me posais la même question :
Est-ce que cela respecte vraiment l’humain ?
Et souvent, la réponse était non.
Parce que même une bonne intention devient mauvaise si quelqu’un décide à ta place de ce qui doit être bon pour toi.
Alors j’ai fini par arriver à quelque chose de très simple :
C’est toi qui décides si quelque chose te respecte.
Si ça te respecte, tu continues.
Si ça ne te respecte pas, tu peux arrêter.
Et tu reconnais exactement le même droit aux autres.
À partir de là, j’ai cessé de chercher comment combattre le système existant.
Se battre contre quelque chose, c’est encore lui donner son temps, son attention et son énergie.
J’ai donc changé de question :
Et si, au lieu de combattre ce qui existe, on construisait à côté quelque chose que les humains auraient envie de choisir ?
Un groupe qui grandit, oui.
Mais un groupe qui existe pour servir l’humain.
C’est ainsi qu’est né Humans.team.
Puis l’intelligence artificielle est arrivée, et pour un analyste-programmeur comme moi, tout s’est accéléré.
J’ai construit une plateforme avec des invitations, de l’affiliation, une boutique, des événements, des concours, des petites annonces, des systèmes permettant de vendre et de toucher des commissions.
Je voulais créer des outils pour aider les humains dans leur vraie vie.
Et puis j’ai compris mon erreur.
Qui va publier une annonce sur un site où il n’y a personne ?
Qui va organiser un concours si personne ne le regarde ?
Qui va ouvrir une boutique dans un centre commercial vide ?
J’avais construit le deuxième étage avant le premier.
Il fallait d’abord rassembler les humains.
Alors j’ai extrait cette fonction de Humans.team.
Et j’ai créé FreeWillWave.
L’idée peut presque se résumer avec un match de football.
Tu vas dans un endroit où il y a du monde et tu cries :
« Qui veut jouer ? »
Une personne lève la main.
Puis deux.
Puis dix.
Et quand vous êtes vingt-deux, le match peut exister.
FreeWillWave, c’est la même chose :
Il y a une équipe qui est en train de s’organiser pour respecter l’humain. Est-ce que tu vas en faire partie ?
D’abord, on se rassemble.
Ensuite, quand nous sommes suffisamment nombreux, on peut créer les outils.
Des rencontres. Des événements. Des services. Une marketplace. Des possibilités de travailler, de vendre, de créer, de se loger, de manger, de rencontrer d’autres personnes.
Des outils pour les besoins des humains.
Pas d’outils pour résoudre les problèmes administratifs des systèmes.
Et aujourd’hui, grâce à Internet et à l’intelligence artificielle, on peut construire tout cela à une vitesse inimaginable il y a encore quelques années.
FreeWillWave, par exemple, a pu exister en quinze langues dès le départ.
Puis les gens sont arrivés.
Environ 12 000 personnes se sont inscrites.
Et c’est là que j’ai échoué.
Parce que j’attendais un effet boule de neige.
Je pensais qu’une personne viendrait, puis inviterait quelqu’un. Que cette personne en inviterait une autre. Et qu’à un moment, la croissance ne dépendrait plus de moi.
Ça ne s’est pas produit suffisamment.
Et pendant ce temps, le site coûte de l’argent.
Je peux travailler. Je travaille énormément.
Mais je ne peux plus financer seul tout ce que j’ai construit.
Il y a aussi une ironie dans cette histoire.
Cela fait quinze ans que je cherche à rassembler les humains, alors que moi-même, je vis presque comme un ermite.
Je vis avec mon père, qui a 88 ans, et je m’occupe de lui. Je sors peu. Je n’ai pas un réseau de personnes que je peux appeler pour sauver le projet.
Alors aujourd’hui, FreeWillWave doit passer en mode minimum.
Et pour une fois, je dois faire quelque chose que je sais très mal faire.
Demander de l’aide.
C’est pour ça que je dis que j’ai échoué à 98 %.
Je n’ai pas réussi à atteindre la masse critique.
Je n’ai pas réussi à créer la croissance autonome.
Je n’ai pas réussi à équilibrer le développement et le financement.
Mais il reste 2 %.
Le site existe.
Le code existe.
Les 12 000 premiers humains sont là.
Et surtout, l’idée est toujours là.
Alors l’histoire n’est peut-être pas terminée.
Aujourd’hui, la question est simplement celle-ci :
Est-ce que FreeWillWave va s’éteindre ici ?
Ou est-ce que quelqu’un va décider de lui permettre de continuer ?
Parce qu’au fond, après quinze ans de recherche, je reviens toujours à la même phrase :
Il y a une équipe qui est en train de s’organiser pour respecter l’humain.
Est-ce que tu vas en faire partie ?
Il y a une équipe qui est en train de s’organiser pour respecter l’humain.Est-ce que tu vas en faire partie ?